Paris 13e. Un duplex de 35 m², affiché 270 000 €. Mes clients l’ont signé 210 000 €. Même bien, même vendeur, 60 000 € d’écart.
On me demande souvent comment c’est possible. La réponse tient en deux choses : un marché qui penchait déjà du côté des acheteurs, et une offre préparée avec des chiffres que le vendeur ne pouvait pas contester.
En 2026, le marché penche encore plus. Les chiffres de l’automne sont nets : la négociation immobilière n’a jamais été aussi ouverte. Et pourtant, la plupart des acquéreurs que je rencontre négocient comme en 2021 : quelques milliers d’euros, demandés presque en s’excusant. Je les comprends, personne ne leur a appris. Mais l’addition est lourde.
Prix affiché, valeur réelle, prix signé : trois chiffres qu’on confond
Le prix affiché, c’est l’avis du vendeur. Il est parfois gonflé par une agence qui voulait décrocher le mandat. La valeur réelle se calcule à partir des ventes du secteur, de l’état du bien, des travaux à venir, de la copropriété et des diagnostics. Le prix signé, c’est ce que vous paierez pendant vingt ans de crédit.
Souvent, le vendeur fixe son prix à partir de son projet : la maison qu’il veut acheter ensuite, le crédit qu’il doit solder, ce qu’il a payé il y a dix ans. C’est humain. Mais un bien ne se vend pas selon les projets du vendeur. Il se vend sur des données factuelles : les prix réellement payés dans le secteur, l’état du bien, les travaux à faire, le marché du moment.
Votre marge de négociation se trouve entre le premier et le deuxième. Plus l’écart est grand, plus vous avez de place.
2026 : le marché a changé de camp
Il y a plus de biens à vendre qu’il y a un an, moins d’acheteurs pour chacun, et les biens restent plus longtemps en ligne.
Le marché en quelques chiffres
Sources : baromètre Laforêt, septembre 2026 ; observatoire Bien’ici, 3e trimestre 2026.
Concrètement, prenez un vendeur dont le bien est en ligne depuis quatre mois. Il a eu moins de visites que prévu. Il a peut-être déjà baissé son prix une fois, et il commence à douter. Une offre argumentée qui arrive à ce moment-là a toutes ses chances.
Encore faut-il savoir depuis quand le bien est vraiment en vente. Une annonce retirée puis republiée remet le compteur à zéro sur les portails. Avec nos outils professionnels, on voit l’historique complet. Il m’arrive de tomber sur un bien présenté comme une nouveauté alors qu’il traîne sur le marché depuis plus d’un an.
Et la moyenne de 101 jours cache de gros écarts. Selon les biens, certains restent sur le marché 12 à 24 mois, surtout quand il y a des travaux. C’est particulièrement vrai pour les maisons individuelles : une toiture à refaire, une isolation à reprendre, un chauffage à changer, et les acheteurs passent leur chemin les uns après les autres. Au bout d’un an, le vendeur n’attend plus le prix affiché. Il attend une offre sérieuse.
Les taux remontent, les banques prêtent moins
Depuis la rentrée, le crédit coûte plus cher. Le taux d’emprunt de l’État à 10 ans a dépassé 4,9 % début octobre, et les banques ont relevé leurs barèmes dans la foulée.
Taux moyen d’un crédit sur 20 ans en 2026
Source : baromètre Pretto, octobre 2026.
Pour une mensualité de 1 250 € sur 20 ans, la capacité d’emprunt a baissé de 3 236 € entre septembre et octobre. En un mois. Moins de budget pour les acheteurs, donc moins d’acheteurs capables de payer le prix affiché. Les vendeurs le voient bien, même s’ils ne le disent pas dans l’annonce.
DPE et audit énergétique : ce que dit la loi, et ce qui arrive
La loi Climat et résilience du 22 août 2021 a fixé un calendrier précis. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G ne peut plus être proposé à la location. Le 1er janvier 2028, ce sera le tour des logements classés F. Puis des E, le 1er janvier 2034. Les loyers des F et G sont déjà gelés depuis 2022 : impossible de les augmenter.
À la vente aussi, les règles se sont durcies. Pour une maison ou un immeuble entier classé F ou G, le vendeur doit fournir un audit énergétique depuis 2023, qui chiffre les travaux à faire. Depuis le 1er janvier 2025, c’est aussi le cas pour la classe E. La classe D suivra en 2034.
Le projet de loi de relance du logement, adopté par le Sénat en juillet 2026 et en cours d’examen à l’Assemblée nationale, ne change pas ces dates. Il prévoit des dérogations, mais à une condition : avoir signé un contrat de travaux de rénovation avant 2030, puis les réaliser dans un délai de 3 ans pour une maison et de 5 ans en copropriété. Autrement dit, même assoupli, le message reste le même. Un logement F ou G, il faudra le rénover.
Pour un acheteur, tout ça se traduit en euros. Un G ne se loue déjà plus, un F ne se louera plus dans un peu plus d’un an. Les baromètres parlent de remises de plus de 10 % sur ces logements. Sur le terrain, j’obtiens des négociations qui vont jusqu’à 30 %. Encore faut-il bien lire le diagnostic : le mode de calcul a changé au 1er janvier 2026, et un DPE classé E aujourd’hui était peut-être un F l’an dernier. Le logement n’a pas bougé d’un centimètre.
Énergie, matériaux, travaux : ce que les vendeurs sous-estiment
Le prix de l’énergie, des matériaux et de la main-d’œuvre a fait grimper le coût des rénovations. Isolation, chauffage, toiture, électricité : un devis d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celui d’il y a cinq ans. Beaucoup de vendeurs raisonnent encore avec les prix d’avant.
J’ai été associé d’une entreprise générale du bâtiment, je sais ce que coûte un chantier aux prix réels des artisans. « Il y a des travaux » ne fait pas baisser un prix. Un chiffrage poste par poste, posé sur la table avant l’offre, si.
Il y a aussi les documents qu’on ne vous donne pas. En copropriété, le plan pluriannuel de travaux est désormais obligatoire : il dit ce que l’immeuble vous coûtera dans les dix prochaines années. En zone inondable, le plan de prévention des risques peut imposer des travaux jusqu’à 10 % de la valeur du bien. Ces documents sont souvent oubliés, ou transmis au dernier moment. Ce n’est pas toujours un hasard.
Le bien surévalué : là où se jouent les grosses négociations
Un marché plus lent, des acheteurs moins nombreux, un crédit plus cher, un DPE à remonter, des travaux sous-estimés. Sur un bien bien évalué, tout ça vous donne quelques points. Sur un bien surévalué, ça change complètement la discussion.
Cette année, j’ai obtenu 100 000 € sur un bien affiché 400 000 €. L’an dernier, 120 000 €. Personne n’a bluffé. Il y avait un dossier : la vraie valeur du bien, chiffrée et argumentée, et un vendeur qui n’avait rien à opposer.
Comment fixer votre prix d’offre et votre prix plafond

Partez de la valeur réelle, jamais du prix affiché. Retirez le coût des travaux à venir, dans le bien et dans la copropriété. Regardez ensuite où en est le vendeur : depuis quand il vend, s’il a déjà baissé, combien de biens concurrents sont en ligne autour.
Vous arrivez à deux chiffres. Le prix d’offre, que vous pouvez défendre point par point. Et le prix plafond, que vous ne dépasserez pas, même quand l’agent vous parle d’un « autre acheteur très intéressé ». Ce plafond, fixez-le avant de négocier. Une fois dans la discussion, il est trop tard pour réfléchir calmement.
Ce travail demande des outils professionnels, les données de ventes réelles, une lecture fine des documents et un chiffrage réaliste des travaux. C’est mon métier depuis 26 ans.
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Benoît Loison, fondateur de PROLOYER, chasseur immobilier 100 % côté acquéreur. L’immobilier autrement.
Laforêt, « Immobilier ancien : quelles sont les tendances du 3e trimestre 2026 ? », laforet.com
Bien’ici, observatoire du 3e trimestre 2026, relayé par Boursedescredits
Pretto, « Crédit immobilier en octobre 2026 », pretto.fr
La Centrale de Financement, relayé par MySweetImmo, 9 octobre 2026
Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 dite Climat et résilience, Légifrance
Projet de loi relatif à la relance du logement, état des débats au 21 septembre 2026, Koliving et Locservice
